Un témoignage : Qui est Frédéric Térence ?
Aujourd'hui un vieux prof rangé des écoles de la calamiteuse éducation nationale française que tenaille toujours à l'âme le souci de voir s'épanouir toute enfance et toute humanité.
Autant dire je d'emblée.
Je suis en effet ce qu'on appelle un boomer, né au lendemain de la seconde guerre mondiale dans une famille pauvre du pays minier au nord de la France. Dès mon plus jeune âge j'ai vécu l'école comme un traumatisme et sur le mode du rejet. J'étais donc un « mauvais élève » jusqu'à ce qu'un instituteur bienveillant dans une classe de fin d'études s'étonne que je ne sois pas allé en 6ème (1ère année en France des études secondaires auxquelles à cette époque n'accédaient pas tous les enfants) et convainque mes parents d'avoir pour moi une autre ambition professionnelle que l'apprentissage en boulangerie ou charcuterie.

Et c'est ainsi que j'ai pu bénéficier d'un « ascenseur social». Quelle expression drolatique ! Il s'agissait alors d'une école dite « normale d'instituteurs » qui formatait les « hussards noirs de la république » chers à Jules Ferry la super icône républicaine qui postulait l'existence de « races inférieures ». Ne proclamait il pas au Parlement en 1885: "Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures" ? Aujourd'hui on ne fait plus référence à un quelconque « ascenseur social ». Et s'il en était encore un il ne desservirait plus que les sous-sols d'une société aussi hypocrite qu'impitoyable.
Et donc à l'issue de la 3ème ayant réussi le fameux concours d'entrée à « l'école normale d'instituteurs » j'allais devenir un pur produit de cette misérable éducation nationale française où j'ai survécu plus de 42 ans entre les années de formation et d'exercice du métier.
Modérément
ambitieux et surtout prudent, j'ai pu constater assez vite à mes
dépens combien le
déterminisme social était
imparable, faute de pouvoir refouler une sensibilité et d'être
assez cynique pour cultiver un arrivisme de bon aloi. Ce que d'aucuns
(« les
meilleurs d'entre nous »)
considèrent comme une faiblesse.
Je me suis donc contenté
d'exercer ce petit job de fonctionnaire prof.
En septembre 1967, ayant à peine franchi le cap de la majorité civile en république française (21 ans à l'époque), je me retrouvais à la tête de plusieurs cohortes de 30 à 40 enfants et adolescents d'ouvriers mineurs, dans une de ces casernes éducationnelles dénommées collèges, au cœur de ce qui était encore le pays minier, le pays des « gueules noires » chères à Zola.
Intronisé « maître de CEG, Collège d'Enseignement Général » (mais pas de mon destin !), mon "statut " évolua bien plus tard lorsque je pus changer de « corps » (administratif s'entend !) et devins « certifié » (NF : Norme Française !). A l'époque j' étais fondé à enseigner 24 heures hebdo à ces gosses de pauvres et de dominés, comme je l'avais été moi-même. Mes compétences devaient être larges, incluant le français (son orthographe, sa grammaire, des rudiments de littérature), l'histoire, la géographie et accessoirement le dessin ou la musique (car je n'aimais pas le sport !).
Très vite je me sentis mal dans cette triste fonction au point qu'en mai 1968, lorsqu'éclata la dernière révolution française... j'étais en congé de maladie et rejoignis du jour au lendemain la grève générale. Eh oui, j'eus par la suite le privilège d'assister à la déconfiture politique de l'illustrissime général De Gaulle qui en mourut un peu plus tard…
Ayant fui trois années au Maroc et peu convaincu du charme de cette vie de néo colon culturel prétendument « coopérant » au pays de prédilection du maréchal Lyautey je parvins à me faire nommer à Paris dans une caserne éducationnelle collège encore pérenne à ce jour . Et je ne songeais qu'à repartir faire une « carrière à l'étranger », ce à quoi finalement je ne pus me résoudre.

Ayant ainsi définitivement renoncé à diriger une « Alliance Française » en Amérique latine, une échappatoire lucrative, exotique et frelatée que m'offrait le système au regard de compétences acquises en FLE (Français Langue Étrangère), je me résolus à enseigner ce que j'aimais, la langue française, durant 22 ans, principalement à des enfants et adolescents étrangers, dénommés alors « primo arrivants, non francophones », dans des classes dites « d'accueil » (un sympathique euphémisme) à Paris. J'avais répondu favorablement à la principale du collège où j'exerçais alors lorsqu'elle m'avait interpellé de la manière suivante : « Vous qui avez fait le Maroc il y a une petite classe d'étrangers, est-ce que ça vous intéresse ? »
Ces « étrangers » étaient forcément marginalisés comme je le devins moi-même dans le contexte scolaire, mais par leur sérieux, leur désir d'apprendre et leur joie de vivre ils me donnaient la pêche et l'énergie pour tenir bon dans cette médiocre institution aux résultats idoines ainsi que le relèvent ponctuellement les études spécialisées PISA. Une institution qui malmène le mot éducation mais qui parvient cependant à ses fins puisque ces jeunes se sont pratiquement tous conformés à l'ordre social inique existant, réalisant en ce sens une « intégration réussie ».

Cependant ce fut à cette époque, de la fin des années 70 au début des années 90 que je fus réellement heureux dans cette institution. Dans « Apprendre le français et après ? », un article que j'ai écrit pour une revue pédagogique alternative, je relate comment durant 12 années j'ai pu conjuguer l'apprentissage du français à ces « enfants de migrants » avec une production audiovisuelle pour la télévision, une mini série qui fut diffusée dans les programmes pour la jeunesse sur une chaîne du service public sous le titre générique : Ton pays c'est quoi ? Plus d'information et la possibilité de visionner les 4 petits sujets : Japon, Maroc, Tibet, Chine ici.
A cette période de frêle bonheur succédèrent 10 années beaucoup plus dures dans un établissement classé « sensible ». C'était toujours passionnant mais année après année de plus en plus éprouvant, comme décrit dans l'article précité.
Et j'en vins au début des années 2000 à considérer qu'il ne m'était plus possible de continuer à exercer dans ce type de classe. L'administration faisait n'importe quoi, envoyait de nouveaux élèves débutants complets en sureffectif à tout moment de l'année scolaire. La disparité des niveaux d'apprentissage du français devenait ingérable.
Extrait de « Apprendre le français et après ? » :
C'était ainsi de plus en plus lourd, de plus en plus complexe. L'administration n'en avait cure. Alors que le seul souci du rectorat était d'asseoir ces élèves « primo arrivants » quelque part dans une classe d'accueil existante, je fis valoir un jour à la direction de ce collège "sensible" que surcharger l'effectif de la classe, imposer des débutants complets à tout moment de l'année, ce n'était plus seulement me demander de maîtriser la différenciation et la complexité, mais que cela obérait mon travail, confinait à l'absurde. On s'efforça alors de me réconforter : je pouvais juger en toute indépendance ce qu'il m'était possible de faire et m'en tenir là !
L'article complet consultable ci-dessous.
Et j'ai souvenir de cette principale qui me dit texto : « Tout ce que vous ne pouvez pas faire, ne le faites pas ! »

Je sortis alors de son bureau avec la ferme intention de demander une mutation en lycée pour les 2 années que j'avais encore à exercer avant de pouvoir partir en retraite. Ce fut une période très difficile car je sentais que je ne pouvais pas me résoudre à brader l'apprentissage des élèves que je retrouvais chaque matin. Je les revois m'attendant sagement dès 8 heures dans la cour du collège et me gratifiant de leurs sourires. Ils avaient conscience que je faisais tout mon possible pour eux et me le faisaient ainsi savoir. Le texte précité décrit précisément l'énorme investissement que je m'imposais pour qu'ils s'en sortent à minima et ne viennent pas renforcer les tristes bataillons de « l'échec scolaire ».
Il est à noter qu'après ce profond différend avec mon « supérieur hiérarchique » les autorités académiques optèrent pour un nouveau dispositif d'accueil de ce type d'élèves qui fut par la suite adopté et mis en œuvre par toutes les académies. Finies les "classes d'adaptation" , de "non francophones » puis "d'accueil" que j'avais connues. Forts de la novlangue dont ils sont friands ils trouvèrent une appellation idoine pour nommer le dispositif permettant de faire de ces jeunes étrangers des élèves lambda dispatchés d'emblée dans les classes "normales ". Je cite :
"Afin
de permettre une meilleure visibilité de l'ensemble de
l'organisation, une dénomination générique à toutes les
structures spécifiques de scolarisation des élèves allophones
arrivants est adoptée : unité
pédagogique pour élèves allophones arrivants, UP2A".
N'est-ce pas merveilleux ? Pour ceux qui veulent aller plus loin comme on dit, lien vers la circulaire : Organisation de la scolarité des élèves allophones nouvellement arrivés.

Cependant la brave dame qui me chapeautait hiérarchiquement n'entendait pas me laisser partir comme ça. Je « gérais » trop bien cette classe difficile qui sous ma férule ne lui causait aucun souci. Elle manipula mon barème : ces points qui déterminent l'ancienneté dans un poste et conditionnent toute possibilité de mutation. Les enseignants sont en effet notés comme des gamins et ça semble leur convenir puisque leur avancement, c'est-à-dire le fric qu'ils touchent chaque mois et à la retraite en dépend, un système trop subtil et complexe pour être décrit ici. Au terme de cette manipulation je n'avais aucun espoir de pouvoir partir. Or quelques jours avant ce qu'on appelle le mouvement je rencontrais par hasard au cours d'une randonnée en Île de France un fonctionnaire de grade élevé au rectorat. Ayant sympathisé il me ménagea un rendez-vous avec l'administrateur du mouvement. Je fis alors valoir que mon barème avait été pris en compte de manière non réglementaire et que s'il n'était pas rétabli j'irais dès les résultats du mouvement au tribunal administratif faire valoir mes droits. Il y eut une discussion orageuse dans un bureau voisin où une supérieure me reçut et m'assura que mon barème était rétabli.
« Ainsi vous aurez ce que vous voulez. » me dit elle. Et effectivement quelques jours plus tard je fus nommé dans l'une des prestigieuses écoles d'arts appliqués de Paris. Je ne m'étendrai pas sur ces 2 années car au fond c'est hors sujet. J'y terminais ce qu'il est convenu d'appeler la carrière et fin juin 2004 je quittais définitivement les casernes éducationnelles de l'éducation nationale en me promettant de ne jamais y remettre les pieds. Ce qui a été le cas et ce sur quoi je ne varierai pas.
J'ajouterai simplement que cette administration calculatrice et sans âme me refusa la carotte de fin de carrière dénommée « Hors-classe des certifiés » que je méritais pourtant, ce qui fait quand même un différentiel assez conséquent sur le montant du viatique dénommé pension de retraite que l'État accorde à ses fonctionnaires honoraires.
Mais ça va je n'éprouve aucun manque et comme le clamait Édith Piaf : « Je ne regrette rien. ».

Ainsi se déroula cette existence de petit prof et fort d'un revenu modeste mais régulier, menant une vie simple et économe, je pus la traverser sans trop d'aléas. Après 47 ans à Paris je vis désormais en province, alternant une jolie petite ville et un village où je me consacre bien sûr au jardinage et à la contemplation de la nature telle que les hommes ne l'ont pas encore irrémédiablement saccagée. Ayant revendu ma première, unique et dernière bagnole au retour du Maroc en 1974, prenant très rarement l'avion, ne conduisant plus, me déplaçant parfois en covoiturage sur un court trajet, ayant par conséquent "un bilan carbone" et "une empreinte écologique " (!) des plus « vertueux » (!), à l'échelon individuel, ma part de responsabilité dans le désastre en cours, d'ailleurs savamment manipulé en forme de supposé dérèglement climatique conforté d'ingénierie sociale, n'est autre que celle d'avoir à survivre.
Ce à quoi je m'applique au mieux afin de pouvoir continuer le plus longtemps possible à jouir de la vie et surtout mener à bien la tâche que j'entreprends en publiant ce site, en lançant cet appel pour la sauvegarde de l'enfance et de la jeunesse qui ont été hyper malmenées ces dernières années au prétexte d'une pseudo pandémie mondialement orchestrée, en fait une monumentale arnaque sans précédent dans toute l'histoire de l'humanité.
Il me faudra en effet du temps et de l'énergie pour mettre en place avec ceux qui voudront bien me rejoindre et m'aider, ne seraient ce que les prémices de cette éducation holistique, transculturelle, antimondialiste et libertaire. Et ce serait déjà beaucoup si j'y arrive "de mon vivant", comme on dit.

Fragment d'un porte-clés trouvé dans les escaliers d'un collège parisien (années 80) en remontant de la récréation avec une classe. Au même titre que cet enfant protège un oiseau, protégeons le, lui et tous les enfants du monde, offrons lui de vrais contenus éducatifs, œuvrons à lui garantir épanouissement et liberté.
Un retour en images sur les 22 années vécues avec ces enfants des 4 coins du monde en une vidéo de 22 minutes
Ils étaient étrangers

