Un dialogue interreligieux
Les jeunes Étrangers nouveaux arrivants qui ne savent ni parler, ni lire, ni écrire la langue du pays où ils vont vivre, de l'école qu'ils vont fréquenter pouvaient être regroupés dans une structure intermédiaire leur permettant cette adaptation : la classe d'accueil*.
L'hétérogénéité des âges, des langues, des cultures et des nationalités d'origine y était souvent une constante. Cette apparente difficulté pédagogique était en fait pour les élèves comme pour l'enseignant une étonnante source de richesse.
Le jeune qui était passé par ce type de structure en gardait souvent un souvenir marquant. Si à l'issue de sa classe d'accueil il poursuivait son cursus scolaire dans le même établissement il lui arrivait parfois de frapper à la porte pour revoir l'enseignant ou découvrir les nouveaux arrivants... S'il avait une heure de permanence imprévue il pouvait aussi demander à l'enseignant l'autorisation de s'installer dans le fond de la classe où il faisait son travail personnel mais pouvait aussi observer ce qui se passait pendant une heure de cours, une autorisation qui lui était rarement refusée.
C'est ce que firent un matin deux anciennes élèves, deux adolescentes ; l'une, Samira était originaire du Maghreb et de culture arabo-musulmane, l'autre Chelvi, venant d'un pays asiatique était de culture hindouiste.

Le groupe des nouveaux arrivants était alors engagé dans une séquence audiovisuelle d'apprentissage de la langue et à ce titre chaque élève était régulièrement sollicité à l'oral. L'un d'eux, originaire du même pays que Chelvi et lui aussi de culture hindouiste répondait au prénom de Shivasuntar. J'avais pris l'habitude - ce qui ne lui déplaisait pas - de l'appeler Shiva. Ceci au bout d'un moment ne manqua pas d'intriguer Chelvi. Elle prit le risque de m'interrompre et me demanda :
- Il s'appelle vraiment Shiva ?
- Non, répondis-je, il s'appelle Shivasuntar mais j'aime bien ce diminutif parce que Shiva est un Dieu sympa !
Cette remarque fit réagir Samira qui intervint à son tour et nous eûmes ce bref échange :
- Pourquoi il est sympa ce Dieu ?
- Parce qu'il a quatre bras !
- Ce n'est pas possible. Ce Dieu n'existe pas. Il est imaginaire !
- Mais tous les Dieux sont imaginaires !
- Ah non ! Il y a un Dieu qui est vrai, c'est le Dieu des Musulmans. Lui, il est réel !
- Mais tous les Dieux sont réels !
Elle se tut et la leçon continua. J'observais que je n'avais heurté ni ses convictions, ni sa croyance, ni celles de Chelvi et Shivasuntar.
Nous
avions en fait sans le vouloir réamorcé un débat philosophique
fondamental : de la nature de l'imaginaire et de la nature du
réel.
Ce n'était bien sûr ni l'heure, ni le moment de nous
y engager, ni même de leur faire lire ce beau texte qui me revint
alors à l'esprit : la Prière à Dieu de Voltaire.

Voltaire, apôtre de la Tolérance et pionnier du "dialogue interreligieux" au Siècle des Lumières !
Un dialogue qui se poursuit en images
