Souffrir, rêver, partir...
Et parfois mourir en chemin
Les migrants , un sujet devenu socialement et politiquement clivant en Occident . Dans certains pays, dont la France on commence à parler de « submersion migratoire », voire de « grand remplacement ». On ne se lancera pas ici dans une polémique, il ne peut être question d'être pro ou anti migrants.
Le fait est que des centaines de milliers d'êtres humains fuient la réalité parfois insoutenable du pays où ils sont nés dans l'espoir d'une vie meilleure en Occident.

Ces pays dits du « tiers monde » puis « en voie de développement », faisant aujourd'hui l'objet d'une nouvelle catégorisation « le Sud Global » dans laquelle on peut les inclure sont en effet pourvoyeurs d'une émigration qui en Europe a été longtemps encouragée lorsque les besoins économiques la rendaient souhaitable. Elle est aujourd'hui officiellement combattue sans que les flux pour autant se tarissent alors que l'installation de nouveaux arrivants est toujours imposée jusque dans les campagnes les plus reculées comme en France par exemple. Une migration qui continue de fournir une main d'œuvre bon marché cependant que ces êtres humains restent toujours tributaires de pouvoirs publics qui peuvent leur octroyer ou leur retirer le droit au séjour et au travail selon des critères mouvants évoluant loi après loi. Ainsi bon nombre de migrants au terme d'un parcours éprouvant se retrouvent ils traqués selon des processus malsains d'entrave à la régularisation du séjour comme c'est le cas en France, rejoignant l'inchiffrable cohorte des « sans-papiers ». Ils peuvent même être mis en « centre de rétention », un euphémisme pour le mot prison, avant d'être expulsés au pays d'origine. Seules des associations humanitaires prennent alors leur défense.
On sait cela et on ne le sait que trop. Depuis déjà deux ou trois décennies on apprend que des milliers d'êtres humains meurent sur le chemin de l'exil, en Méditerranée par exemple , que des enfants disparaissent, qu'ils peuvent être victimes d'odieux trafics puis on voit les camps de migrants ne jamais vraiment disparaître, on entend parler des expulsions réclamées par certains, décriées par d'autres. On s'émeut d'une insécurité grandissante dont on les accuse parfois à tort, parfois à raison.

En fait qui sont ces migrants ? Majoritairement des jeunes hommes mais aussi des femmes, des enfants, des humains nés dans un pays pauvre en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie, des pays sous domination économique, sociale, culturelle dont certains en proie à des guérillas meurtrières fomentées par les puissants. Les trajectoires sont multiples, souvent périlleuses. Depuis des décennies elles sont abondamment documentées par les médias. Et c'est par les médias que la majorité des occidentaux en prennent conscience.

Pour qui est allé à leur contact dans ces camps qui se font et se défont dans les grandes villes comme Paris, pour qui a pris la mesure de la détresse de ces humains devenus malgré eux SDF, malmenés par la force publique et qui ne peuvent compter que sur le soutien d'associations caritatives, l'indifférence n'est plus de mise.
Ces humains ont pour la plupart énormément souffert. Ils ont fui un horizon totalement fermé au pays d'origine, ils ont pris d'énormes risques, ont vécu des parcours chaotiques, animés du ferme espoir de trouver une condition meilleure et un avenir dans ces pays supposément riches où la majorité des occidentaux sont en fait sous le joug des pouvoirs d'argent et de gouvernements fantoches pseudo démocratiques.

Une fois installés, admis, avec des « papiers » pour ceux qui les obtiennent, ils forment un nouveau prolétariat et n'ont de moyens de subsistance qu'à la condition d'exercer les tâches les plus difficiles. Et le halo d'indifférence de la population générale autochtone, elle même dominée, ne fait que s'accroître.
Alors que dire par exemple à ces jeunes africains qui souffrent, rêvent et projettent de partir, résolus sans trop savoir peut-être, à affronter mille dangers, à payer un passeur qui va leur organiser une traversée potentiellement mortelle en Méditerranée pour arriver encore et encore en Europe où ils seront en attente de ces magiques « papiers » leur octroyant le droit de survivre en travaillant durement et en épuisant lentement mais sûrement leur potentiel vital comme cela advient à tous les dominés, y compris bien sûr à la masse des occidentaux pauvres et exploités.

Quels « conseils » leur donner ? Que leur dire ? Rester, souffrir désespérer ou au contraire voir s'il est réellement possible de s'investir là où ils vivent. En tout cas pas dans un pays en guerre ou ravagé par des guérillas aux troubles origines ou encore un pays économiquement à genoux en proie au pillage de mafias ou d'élites corrompues et manipulées par un Occident prédateur. Et l'on ne s'étendra pas sur l'hypocrite « aide au développement » de la douteuse bienveillance occidentale.
Quant à tous ces humains qui ont franchi le cap, surmonté les périls de la migration, assumé un exil définitif et qui sont maintenant au cœur des populations occidentales quel avenir leur propose-t-on réellement ? La surexploitation commune réservée à la majorité des dominés ?

Or ils sont là avec leurs cultures, leurs différences. Et de ce fait ils questionnent, ils interpellent par leur simple présence notre propre humanité. Cependant on commence à entendre parler de « re migration », c'est à dire d'expulsions massives... Alors à l'opposé, ceux dont la sensibilité à l'autre est toujours vive, ceux qui demeurent dans l'empathie et souhaitent simplement prendre en compte ces différences, s'en enrichir socialement tout en s'efforçant de rompre les carcans de la domination, ceux qui n'ont pas rayé de leur vocabulaire le mot solidarité, même si on leur colle une idéologie en « isme », ne font peut être que respecter ce qui depuis l'Antiquité est un devoir intangible, une vertu aujourd'hui délibérément bafouée : l'hospitalité.

