Son parcours
Francisco
Ferrer est né en Catalogne, en 1859, dans une famille d'agriculteurs
aisés et très catholiques. Dès 14 ans il commence à travailler à
Barcelone chez un minotier. Plus tard il sera contrôleur à la
Compagnie des chemins de fer. Il lit beaucoup, fréquente des groupes
républicains, socialistes, anarchistes et francs-maçons.
Impliqué
dans une tentative insurrectionnelle ayant échoué, il est contraint
à l'exil. Il vivra à Paris de 1886 à 1901 ; pour
survivre il sera représentant en vins, restaurateur puis donnera des
cours d'espagnol, notamment au lycée Condorcet ; il écrira ainsi
une grammaire d'espagnol : El Español Práctico, éditée chez
Garnier en 1895, un
ouvrage apprécié qui à l'époque aura une influence en didactique
des langues vivantes.
Il
s'intéresse alors de plus en plus à l'Éducation, en tant que
facteur d'évolution progressive de la société. Il rencontre Paul
Robin et
se passionne pour sa proposition d'Éducation Intégrale. Une de
ses élèves, Mlle Meunier, lui ayant légué un important héritage,
il ne modifie en rien son modeste train de de vie et rentre à
Barcelone où il décide d'utiliser cet argent pour fonder une école.
C'est ainsi qu'il ouvre « L'Ecole Moderne » en 1901.

Une école laïque et libertaire : « antipatriotique, antimilitariste, rationaliste, antiétatique », selon ses propres mots ; mixte comme l'Orphelinat de Cempuis que dirigeait Paul Robin et "La Ruche" de Sébastien Faure. Les familles contribuaient financièrement à proportion de leurs ressources, ce qui pouvait aller jusqu'à la gratuité.
Dans cette école les enfants vivaient dans une atmosphère de grande liberté.
« ... à
l'école de Ferrer −et
c'est un de ses traits essentiels − l'enfant est
libre, libre même de quitter l'école. Toutefois, est-il besoin de
le dire, rares sont les élèves qui usent de cette liberté, étant
donnée l'atmosphère de l'école. A un nouveau qui s'ennuyait,
Ferrer alla jusqu'à donner ce conseil qui peint du reste sa bonté
: − Quitte nous,
mon petit ; ne reviens que si tu le souhaites. En classe,
l'élève, (...), jouit
d'une large liberté de mouvement. Il va au tableau noir, consulte
tel ou tel livre, s'abandonne à la rêverie quand cela lui plaît.
Il sort même de classe quand il en éprouve le désir. " (1)
Les
élèves étudiaient à leur rythme. La solidarité, la coopération
étaient encouragées, la compétition exclue. Francisco Ferrer avait
rejeté le système des examens et des classements de même que les
récompenses et les punitions. Pourquoi des examens sinon
pour "gonfler
quelques enfants du titre flatteur d'excellent, distribuer à
d'autres le titre vulgaire de bon et rejeter le reste dans la
conscience infortunée de l'incapacité et de l'échec » ? (2)
Le
but clairement poursuivi était de faire de ces enfants des individus
libres, autonomes, affranchis de toute tutelle. «
Tout
élève sortira de l'école pour entrer dans la vie sociale avec
l'aptitude nécessaire pour devenir son propre maître et guide tout
au long de la vie. » (3)
Cinq
ans plus tard on comptait une cinquantaine d'écoles rationalistes
en Espagne.
Francisco Ferrer fonde aussi une maison d'édition
publiant des manuels d'enseignement, des ouvrages pédagogiques,
scientifiques et philosophiques, un bulletin mensuel recueillant les
textes des enfants et des adultes.

En mai 1906 un attentat à la bombe commis à Madrid par un ancien bibliothécaire de l'École Moderne conduit à l'arrestation de Francisco Ferrer. Il fera un an de prison avant d'être acquitté en juin 1907. L'École ayant été fermée ne sera cependant plus autorisée à fonctionner. Francisco Ferrer développe alors son projet éditorial. Il revient à Paris où, avec entre autres soutiens Sébastien Faure, il fonde en 1908 la « Ligue internationale pour l'éducation rationnelle de l'enfance » dont le président d'honneur est Anatole France. Une revue, l'École rénovée, en sera l'organe.
Il
est de retour à Barcelone en 1909 alors que la ville est le théâtre
d'une violente insurrection : « La
Semaine Tragique » (juillet
1909). Il est arrêté et accusé d'être l'instigateur de ces
troubles. Un simulacre de procès est organisé au terme duquel,
malgré la mobilisation de nombreuses personnalités et un vif
soutien international, il est condamné à mort et fusillé le
13 octobre 1909. A l'annonce de son exécution des réactions de
colère et de violentes manifestations se produisent dans
de nombreuses capitales. L'émotion suscitée est
considérable ; transmise par « les
facteurs qui alors diffusaient les nouvelles du
jour », l'annonce
de « l'assassinat
légalisé de Ferrer, le pédagogue, toucha même les campagnes les
plus reculées de France : "On a fusillé Ferrer
! ». (4)
Quelques
jours plus tard le gouvernement espagnol sera conduit à la
démission.
Alors qu'il y avait déjà 109 écoles Ferrer en Espagne en 1909, peu après son exécution, des sympathisants acquis à ses idées fondèrent aux États-Unis des « Modern Schools » inspirées de la « Escuola Moderna ». La première et la plus importante École de ce type fut créée à New-York en 1911.
La
révision de son procès est entamée la même année. En 1912,
il sera reconnu que la condamnation était une erreur.
Son
souvenir est notamment perpétué par un monument à Bruxelles, au
bas duquel on peut lire :
«
Francisco Ferrer fusillé à Montjuich le 13 octobre 1909, martyr
de la Liberté de Conscience. »
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1
Maurice Dommanget, Paris, coll. « Les grands éducateurs
socialistes », Sudel, 1951, cité par Jean-Pierre Caro in
« Francisco Ferrer », Cahiers de l'Institut
d'Histoire des Pédagogies Libertaires, Ivan
Davy Éditeur, 1984, p. 86.
2 Francisco Ferrer cité par
Jean-Pierre Caro in ibid., p. 87.
3 Francisco
Ferrer cité par Ramón Safón , in « Le rationalisme
combattant, Francisco Ferrer y Guardia », Paris, Éditions CNT Région parisienne, 2002 p.
24.
4 Ramón Safón , « Le rationalisme combattant,
Francisco Ferrer y Guardia », Paris, Éditions CNT Région parisienne, 2002, p. 21.

Statue
de Francisco Ferrer à Bruxelles
Photo
Aline Franck 2005
