Et ils récitent...



Apprendre une langue "étrangère" c'est répondre au besoin de parole. Une parole dont il faut intégrer tout un ensemble de codifications neuves et parfois déconcertantes : un lexique, une syntaxe, une phonétique. La tâche peut paraître démesurée et cependant dès que l'apprenant entre dans la langue, il se prend au jeu de l'appropriation et du réemploi qui agissent en terme de fixation et d'un élargissement sans cesse croissant de ce qu'on peut appeler une compétence de communication.
Les textes poétiques qui interpellent l'imaginaire et la sensibilité sont un chemin privilégié de l'expression et du fait de dire. A l'école un exercice traditionnel est bien celui de la récitation dont la vertu ne vieillit pas, qui implique compréhension, mémorisation, intonation, élocution et affectivité, si tant est qu'un texte bien dit est un texte senti.
Dire un texte dans une langue autre, une langue cible sans référence à sa propre langue, cette langue maternelle ou langue source qui imprègne notre univers mental depuis le berceau peut sembler difficile, étrange, peu rassurant.
Alors le fait de proposer un aller retour entre langue cible et langue source par le biais d'une traduction originale modifie nécessairement l'approche. D'aucuns se récrieront que c'est un exercice inadéquat, voire impossible. En effet comment rester fidèle à la métrique, au rythme, aux sonorités ? Que deviendront allitérations, assonances, rimes ? Il s'agit en fait pour ces jeunes d'un acte d'appropriation du sens et de l'originalité d'une œuvre dans leur langue et leur environnement culturel respectifs. Lorsqu'ils récitent alternativement dans la "langue cible" et la "langue source" ils témoignent naturellement de leur envie de dire.
Ces traductions qui ne sont ni retouchées, ni corrigées par des spécialistes, manifestent ainsi simplement la diversité des modes d'expression par lesquels un langage poétique peut être ressaisi.



Du besoin de dire