Cultiver la beauté


Oui bien sûr il faudrait d'abord s'entendre sur ce qu'est la beauté. C'est pourtant bien simple et cela procède du ressenti de tout être humain qui a la chance de l'être encore profondément en dépit de tous les formatages qu'on lui a imposés depuis l'enfance et de tous ceux auxquels il est amené à consentir pour survivre en société.

Et on laissera de côté les avatars du numérique : QRcodes, SMS, MMS, communications virtuelles désincarnées qui consacrent sa solitude, voire son isolement.

La société qui quotidiennement fait l'apologie de la laideur, qui la cultive, la promeut, l'érige au pinacle des fausses valeurs sur lesquelles elle repose semble avoir évacué sans regret ce qui fait l'essence même de la beauté. Et pour un être sensible, encore au fait de la richesse de ses perceptions et de ses intuitions, point n'est besoin de la définir. Elle implique d'abord et avant tout un rapport à la Nature.

La Nature n'est elle pas en effet pourvoyeuse d'inépuisables beautés ? Alors bien sûr il est banal de le répéter sempiternellement, nous devons nous reconnecter sans cesse à la Nature. Encore faut-il pouvoir le faire évidemment.



Or qu'en est il pour ces millions d'enfants qui partout dans le monde en sont déconnectés parce que comme l'a si bien exprimé Georges Moustaki dans cette merveilleuse chanson 
 Il y avait un jardin  "Ils naissent et ils vivent entre l'acier et le bitume, entre le béton et l'asphalte et ils ne sauront peut-être jamais que la terre était un jardin " ?

Et ce n'est pas dans les casernes éducationnelles du malheur où sous prétexte de nouveaux « droits sexuels » (!) l'institution scolaire française (comme en d'autres pays occidentaux) prétend les initier dès le plus jeune âge à « la vie affective, relationnelle et sexuelle » procédant à des effractions psychiques qui détruiront potentiellement leur aptitude à être heureux, ce n'est pas dans ces lieux où on prétend les éduquer, qu'ils pourront grandir et s'épanouir en harmonie avec la merveilleuse beauté de la Terre.

Et qu'en est il de l'art dont Balzac disait: « La mission de l'art n'est pas de copier la nature mais de l'exprimer » ?

Pourrait-on le paraphraser ainsi : « La mission de l'art contemporain (où commence d'ailleurs la contemporanéité?) n'est pas de copier la laideur mais de l'exprimer » ?

En effet la laideur sous toutes ses formes, toutes ses manifestations telle qu'elle s'impose, principalement dans le quotidien des populations urbaines, particulièrement en Occident, et notamment au travers des médias de masse mais aussi bien entendu sur Internet, ne se trouve-t-elle pas magnifiée dans des œuvres débiles, d'une insignifiance atterrante quand il ne s'agit pas d'une aberrante perversité, ainsi ce tableau montrant un enfant contraint de pratiquer une fellation à un adulte titré « Fuck abstraction » (!), en fait comme s'il s'agissait de conforter et banaliser la pédocriminalité ambiante, un tableau longuement exposé au Palais de Tokyo à Paris en 2023 et indécrochable au nom de « l'art » et de la « liberté de création » malgré de puissantes protestations. Il avait cependant été vandalisé par un individu mécontent qui l'avait aspergé de peinture...

Cela dit, point n'est besoin de disserter longuement de cette apologie de la laideur considérée désormais comme un critère de l'art. Et ce n'est pas parce qu'on cultive légitimement la beauté que la laideur physique d'un être humain, en fait un aléas de la nature, devrait souffrir d'un quelconque rejet. Ainsi pour autant qu'il cultivait la beauté Socrate était très laid. La laideur physique est un droit.

Et pour en revenir à l'art véritable, il peut aussi s'inspirer de l'enfant marginalisé, contemporain  différent  (et ce n'est pas forcément un art muséal)... telle cette fresque de street-art, une expression gratuite, éphémère et transitoire, photographiée dans une rue de Paris dont elle a rapidement disparu il y a bien des années et dont cette photo est l'ultime témoignage.



Et puisqu'il est question d'éducation on ne peut que s'affliger de la misère des enseignements artistiques dans les casernes éducationnelles car même si l'on peut lire sur une page de l'éducation nationale en France de jolies choses telles : « La classe est pour l'élève le lieu privilégié de l'exercice des pratiques, de l'acquisition des savoirs et des rencontres avec les œuvres et les artistes.... », même si des options à horaires renforcés existent et que nombre d'enseignants spécialisés font un excellent travail, force est d'admettre que dans bien des établissements scolaires, principalement des collèges, notamment lorsqu'ils sont implantés dans des zones urbaines défavorisées ces enseignements intégrés au saucissonnage disciplinaire des matières principales sont souvent vécus par les élèves comme des moments de défouloir collectif dont le premier à souffrir est bien sûr le malheureux enseignant. Quant aux élèves...
Et pourtant c
es élèves d'origine si diversifiée dans les collèges des quartiers tout autant que ceux des « bons établissements », ne seraient pas insensibles à la beauté ouvertement transculturelle de cette brève chorégraphie glanée sur X. Et même si c'est un produit de l'intelligence artificielle, comme suggéré dans les commentaires, cela demeure pertinent.


La recherche de la beauté autant que le culte de la beauté est immémoriale. Ainsi dans son magnifique roman Mémoires d'Hadrien Marguerite Yourcenar fait dire à cet empereur romain dont la vie s'achève et qui se remémore les grands moments de son existence : « Je me sentais responsable de la beauté du monde ». Cette responsabilité nous pouvons, nous devons la ressentir dans notre propre vie et la communiquer très tôt aux enfants.

Alors oui en s'opposant à la laideur qui nous est proposée et quasi imposée à travers l'invasion publicitaire, les représentations satanistes, les délires et les débilités de l'art dit contemporain, nous devons cultiver la beauté dans la diversité humaine et la diversité de toutes ses formes d'expression, dans la contemplation de véritables œuvres d'art, dans la pratique de ces arts (musique, peinture, sculpture, danse et pourquoi pas retour à l'antique) et toujours en s'opposant à la morosité, au défaitisme, aux intimations perverses du système créer de l'originelle beauté par la qualité des sentiments, des relations authentiques, dans la spontanéité des contacts et des rencontres, des sourires, des paroles échangées dans l'innocence de l'instant, une vertu propre aux enfants et à ceux qui parvenus à l'âge adulte n'ont pas pour autant renié celui qu'ils furent.


Pasolini l'a si bien exprimé dans sa poésie :

Adulte ? Jamais. 

Jamais : comme l'existence
Qui ne mûrit pas, reste toujours verte,
De jour splendide en jour splendide.
Je ne peux que rester fidèle
À la merveilleuse monotonie du mystère.
Voilà pourquoi, dans le bonheur,
Je ne me suis jamais abandonné. Voilà
Pourquoi, dans l'angoisse de mes fautes
Je n'ai jamais atteint un remords véritable.
Égal, toujours égal à l'inexprimé
À l'origine de ce que je suis.


In Pier Paolo Pasolini : Adulte ? Jamais

Choix de poèmes et présentation par René de Ceccatty - © Seuil, Points 3095, 2013, pp 256/257 


Enfin il ne nous faudra jamais oublier ce qui a été imposé aux enfants dans pratiquement tous les pays du monde au prétexte d'une pseudo pandémie qui devait décimer une grande partie de la population mondiale, un plan qui a fort heureusement échoué mais qui n'est pas sans conséquences délétères. Les maltraitances qu'ont subies les enfants ont engendré beaucoup de souffrance dans la jeunesse et laisseront des traces chez les futurs adultes.

Cependant les enfants sont et seront toujours porteurs d'espoir tel que l'exprime si bien cette vidéo musicale : Le visage de demain.