AUX ENSEIGNANTS


Enseigner, instruire, éduquer.

Trois notions voisines qu'on se plaît à confondre et dont on a fait un métier tourné d'abord vers l'enfant. Il est question également de pédagogie. Or étymologiquement le pédagogue était l'esclave qui en Grèce conduisait l'enfant à l'école.

Nul besoin de refaire l'histoire. L'école aujourd'hui, quasiment partout dans le monde, n'est plus un lieu d'épanouissement de l'enfant (l'a-t-elle jamais été ?) mais un corridor de gardiennage obligé dans lequel on engouffre les enfants dès le plus jeune âge. Des adultes spécialistes les encadrent selon des programmes d'acquisition de savoirs et de conformité à des règles jugées formatrices et convenables au bien et au progrès social, des règles rarement questionnées sinon par d'obscurs olibrius, de doux utopistes humanistes ou de vilains révolutionnaires qui pensent encore que l'on peut faire évoluer les sociétés en libérant l'enfance. On rangera probablement Térence dans l'une ou l'autre de ces catégories.

En France les adultes spécialistes ont été successivement appelés maîtres d'école, instituteurs, professeurs des écoles. Puis il y a les professeurs du 2e degré etc.. 




Ce système fonctionne partout de manière à peu près identique avec des variantes. Il est sous l'égide d'un ministère qui impulse des directives, conçoit des programmes, encadre les personnels sur un mode hiérarchique. En France on parle d'un ministère de l'éducation nationale, une adjectivation qui pose question et une usurpation du mot éducation puisqu'il n'en est guère question dans ces écoles, collèges, lycées dits « établissements d'enseignement » qui en fait s'apparentent à des casernes éducationnelles où sévissent d'abord l'ennui et la contrainte.

Cependant l'histoire de « l'éducation » est loin d'être banale, en France particulièrement, depuis les écoles religieuses en passant par l'école mutuelle : L'école mutuelle, une pédagogie trop efficace ? Anne Querrien (vidéo : 1h20), une expérience très intéressante) pour aboutir à l'École de la République de l'éminent Jules Ferry*, aux Écoles Normales d'Instituteurs et d'Institutrices devenus IUFM, Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (toujours les maîtres !) remplacés en 2013 par les écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE ou ESPÉ), puis par les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation (INSPE ou INSPÉ). On n'arrête décidément pas la java des acronymes en faisant du neuf avec du vieux et en empruntant au vin de Bordeaux le sempiternel qualificatif supérieur. Tout ce remue méninges pour tenter de pérenniser et de sanctifier une école publique aujourd'hui à la dérive pour ne pas dire à la ramasse...



Mais bien sûr parallèlement il existe tout un réseau d'écoles privées confessionnelles ou non dont certaines sont dites alternatives, s'appuyant sur les travaux de grands pédagogues tels Decroly, Freinet, Montessori, Steiner...il y en a foison ! Et bien sûr il est infiniment préférable d'y « scolariser » (quel terme affreux!) son enfant que dans le public réservé au vulgum pecus.

Hormis les écoles libertaires qui n'ont pas fait long feu (voir Une éducation libertaire ) l'accès à ces écoles « différentes » est bien sûr conditionné aux revenus et à la position sociale des parents qui comme on dit doivent avoir les moyens. On est donc là dans un élitisme de bon aloi et ces enfants privilégiés ne s'inscriront pas dans le prolétariat sous payé des masses grandissantes vivant « sous le seuil de pauvreté ».

Et l'on entend de plus en plus de virulentes critiques, d'ailleurs fondées, à l'égard des institutions existantes prétendument éducatives qui ne sont en fait que des systèmes de formatage dont l'éducation nationale française est sans conteste le parangon. Un constat parfaitement juste : en effet l'éducation de masse n'est que conditionnement et formatage dans le monde entier. Mais la question se pose et elle est cruciale : qui fait quoi pour que ça change ? Qui travaille à changer les choses ? Certains parents, conscients du désastre et ne souhaitant pas que leur enfant vive des années dans le contexte délétère des écoles de l'état, pratiquent ce qu'il est convenu d'appeler «l'école à la maison », sachant que les conditions légales d'exercice de cette possibilité subissent des restrictions, notamment en France et que ces parents doivent avoir le loisir, la compétence et les moyens de donner ce type d'éducation à leurs enfants.

C'est ici que Térence s'adresse aux enseignants du monde entier qui sont légions ! Et il le fait en tant qu'enseignant lui-même, celui qu'il a été dans l'éducation nationale française. Ayant atteint aujourd'hui un certain âge pour ne pas dire un âge certain il songe à tous ces enfants, les centaines de millions d'enfants qui naissent et grandissent aux quatre coins du monde dans des pays opulents et riches ou pauvres et misérables, il songe à toutes ces âmes nouvellement incarnées (sachant ce que ces mots risquent de susciter dans les esprits cartésiens et déspiritualisés...), ces enfants qui, selon l'expression consacrée, sont l'avenir de l'humanité.



 Et il se permet d'interpeller toutes celles et ceux qui exercent ce métier d'enseignant, où que ce soit dans ce monde désespérément chaotique. Qu'ils aient choisi ou non cette condition, que ce fût par déterminisme social ou « vocation » (ce mot est tellement énorme !) ou tout simplement par défaut il en appelle à leur conscience car ils en ont une bien entendu et ils sont au fait de ce qui advient, de ce qui se profile jour après jour pour les humains que nous sommes encore et pour ceux qu'ils sont fondés à éduquer.

Ils le savent pertinemment : la contradiction est tellement immense, quasi incommensurable entre ce qu'il convient d'apporter à l'enfant pour qu'il apprenne, s'épanouisse en liberté et ce qu'ils sont tenus de proposer et d'imposer dans cette optique de formatage à des programmes d'apprentissage impliquant l'acquisition de connaissances souvent déconnectées du réel utile dans un climat de compétition, d'obéissance, de soumission..

Cette conscience, ils peuvent composer avec, la refouler mais elle est inévitablement douloureuse. Et il est fait appel à cette conscience car ils ont une capacité à influer sur les systèmes. Ils peuvent s'opposer aux hiérarchies manipulatrices. Dans l'état où se trouve l'humanité ils en ont le devoir. Ils peuvent susciter dans la jeunesse l'ouverture de conscience qui s'impose et que requiert tout simplement la Vie. Bien sûr il n'y a pas de recettes pour cela, ce site ne fait que proposer et tracer des pistes mais qu'ils veuillent bien l'explorer avant de considérer ce propos farfelu.

Ce monde est parvenu à un tel degré de manipulation, de corruption, d'autodestruction qu'il faut absolument être capable désormais de DIRE NON ! et d'apprendre à DIRE NON !

Avant de conclure il faut se souvenir de l'étymologie du mot éducation : educare : élever, nourrir mais aussi conduire hors ! Tout est dit dans ce petit mot de quatre lettres HORS !

Et pour conclure on se référera à un grand écrivain français du vingtième siècle lorsqu'en 1938 il terminait ainsi sa Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix :

« Se guérir de la peste n'est pas retourner en arrière, c'est revenir à la santé. C'est se retirer du mal. L'intelligence est de se retirer du mal
Jean GIONO (1895-1970)

* la super icône républicaine qui postulait l'existence de « races inférieures ». Ne proclamait il pas à l 'Assemblée Nationale en 1885 : « Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ».

Et si vous avez lu ce texte jusqu'au bout peut-on vous en proposer quelques autres qui ont trait à l'éducation bien sûr et dont Térence n'est pas l'auteur ?

- Un logiciel codé Fabien MOINE 
- La marque de la vie
Vimala THAKAR 
- Je condamne l'ignorance...
Marguerite YOURCENAR 
- On nous apprend à être esclaves 
Claire SEVERAC 
- A l'école...
Julian WOLFMIND 
- Depuis toujours... 
Alexis HAUPT 
- Disciplines rêvées 
Julien PERONS 

Et enfin ayons Une pensée pour Socrate