NON AU FORMATAGE ET A LA COMPÉTITION



"Dans le monde entier, l'école nuit à l'éducation parce qu'on la considère comme seule capable de s'en charger."

Ivan Illich (1926-2002), Une société sans école, Paris, Éditions du Seuil, 1971, p. 22.



Nous enseignons à lire, écrire et compter aux enfants mais en parallèle, nous en faisons des esprits castrés, des consciences illettrées : des adultes au moi pensant endormi.

Alexis Haupt


On peut parler de formatage à toutes les étapes de la vie et pour l'enfant, il commence très très tôt, pratiquement dès la naissance. Le mental d'un enfant peut être comparé à une cire vierge que les parents, la société, le système, l'école vont modeler à loisir. Et ce processus est quasi universel. Les variantes du formatage peuvent être culturelles, religieuses et pourquoi pas civilisationnelles mais il s'agit toujours de formatage et il est tellement facile de formater un enfant.

Alors, le commun de ce formatage prétendument civilisationnel en fait c'est quoi ?

Compétition acharnée, élitisme, culte du succès, apologie de la réussite, exaltation du battant, mythe ravageur du gagnant (que devient en effet l'immense majorité des perdants ?), course aux pouvoirs et aux richesses, spectacle indécent de brutales immoralités, double langage, duplicité, hypocrisie ordinaire qui teintent certains actes de la vie sociale : un formatage si intensif qu'une certaine jeunesse au regard critique altéré ne réalise pas assez tôt que les dés sont pipés. Et bien sûr ce n'est pas la jeunesse dorée des beaux quartiers, les enfants de l'élite possédante, que l'on prépare subtilement à s'insérer dans les rouages héréditaires de la domination.

Photo policière d'un enfant de deux ans accusé d'avoir volé des poires dans un panier, 1893, France. Le formatage vient de très loin, bien plus loin encore que cette photo et il commence très très tôt...

Ainsi en France, alors que les frontons institutionnels affichent toujours de nobles idéaux et qu'un généreux principe « d'égalité des chances » est unanimement psalmodié dans les pays dits avancés, les jeunes défavorisés réalisent qu'ils devront s'adapter à cet état de fait et que l'école en a été le tremplin. En effet, où peut bien être l'égalité pour les jeunes qui vivent dans les quartiers réputés difficiles, en proie au déchaînement sporadique de violences urbaines et dont les familles n'ont ni capital économique ni capital social à leur transmettre ?

L'école, lieu d'apprentissage certes, mais aussi de mise en concurrence, d'évaluation continue, de jugement, cette école il faut lui dire NON, dire NON aux formatages multiples, NON A LA COMPÉTITION, à la mise en concurrence, à la comparaison dans les apprentissages et dans la vie courante en leur opposant la solidarité, en encourageant l'entraide, la coopération par l'écoute dans le respect de l'autre et de soi.

Le biologiste et généticien Albert Jacquard (1925-2013) relève ici le caractère suicidaire de la compétition qu'il qualifie de destruction des uns par les autres et comme il le disait en 1994 on en est encore 30 ans plus tard à «sélectionner les gens les plus dangereux »

Plus contemporains, plus proches de nous sont ces jeunes qui certes font exception mais dont la lucidité n'est pas moindre. Ainsi ce garçon à casquette, un anonyme du web qui en quelques minutes brosse un tableau sans concessions du monde absurde dans lequel nous ne faisons que survivre.

 Ou encore cet autre, si jeune, qui souhaite s'adresser aux « personnes intelligentes » et dont les mises en garde sont si pertinentes s'agissant des dangers de l'école lorsqu'elle impose une idéologie et que pernicieusement elle retire la capacité de réfléchir par soi-même.

Or l'immense majorité des individus sont passés par l'école... Alors pourquoi 80% de la population sont ils à ce point dénués de pensée critique ? 

Faut-il revenir sur le délabrement continu de l'institution française « éducation nationale » ?Sur son site Le libre penseur Salim Laïbi fait un diagnostic sans appel

Une industrie qui fabrique des crétins à la chaîne. Les mots sont un peu forts mais sont-ils si outranciers au regard du classement des études PISA*, s'agissant de la France ?

Et Salim Laïbi enfonce le clou en publiant sous ce bref article une petite vidéo qui pourrait prêter à sourire (mais jaune) au cours de laquelle un jeune homme pose quelques questions simples à des enfants. Eh oui, on est alors bien obligé comme lui de s'interroger. Comment est-il possible de passer 7 heures par jour pendant plusieurs années à l'école et finir illettré, incapable de conjuguer correctement des verbes simples !!!

Et bien sûr le sort de ces enfants fait pitié mais ils sont des millions et des millions et les discours prétendant à la remédiation sont toujours les mêmes, du blabla politicien, du vent.

On le sent, le délabrement éducationnel est gravissime. Salim Laïbi, toujours lui, va jusqu'à parler de décivilisation « Lorsque l'on comprend que des enfants de quatre à cinq ans pensent à se suicider ou tentent de se suicider aujourd'hui en France, on comprend que notre société a failli. C'est un désastre, c'est historique, c'est inouï. » 

Une psychiatre témoigne

Des risques déjà relevés dans cet article du 18 mars 2022 :
Conséquences du Covid-19 chez les enfants : d'une crise sanitaire à une "pandémie mentale"

Or les seules paroles un peu sensées viennent de psychologues. Qui s'en étonnera lorsqu'on prend la mesure de l'indigence contemporaine de la sphère intellectuelle dès lors qu'elle prétend parler d'éducation.

En quelques minutes Marie-Estelle Dupont relève Les dangers du vide spirituel de notre société :

Et dans une interview de 23 minutes à propos de son livre : Être parent en temps de crise Comment restaurer l'équilibre psychique de nos enfants elle dit comment préparer nos enfants à l'effondrement de la société. Un effondrement qu'on ne pourra bientôt plus éluder...


Sonia Delahaigue, elle, nous met en garde : (46 minutes)."Avec l'éducation actuelle, on est tous prêts pour le crédit social"


Enfin et si l'humeur le permet une petite minute de pur sarcasme sur le bac et "l'école", un petit film à l'arrache de Laurent Firode.


* Études PISA : Programme International pour le Suivi des Acquis des Élèves